Une famille, six siècles, dix-sept pièces
Au cœur du Château de Cheverny : l'héritage des Hurault
Cheverny est resté dans la famille Hurault depuis 1392. Ses pièces meublées, d'une salle à manger lambrissée de panneaux inspirés de Don Quichotte à une chambre liée à Henri IV, en disent long.
Check dates and availability ↗Six siècles, une seule famille
La famille Hurault détient Cheverny depuis 1392, date à laquelle Jean Hurault acheta la propriété — alors une modeste demeure, un pressoir et un vignoble — à Robert le Mareschau. Le château que les visiteurs découvrent aujourd'hui fut édifié entre 1624 et 1630 par Henri Hurault et son épouse, Marguerite Gaillard de La Morinière, avec l'architecte Jacques Bougier. La propriété ne resta pas continûment dans la famille : le domaine fut vendu en 1755, avant qu'Anne-Victor-Denis Hurault, marquis de Vibraye, ne le rachète en 1825. Le titre de Vibraye lui-même fut créé par lettres patentes en 1625, marquant une branche de la famille Hurault plutôt qu'une lignée distincte, et les propriétaires actuels, Charles-Antoine et Constance de Vibraye, sont des descendants directs des Hurault qui vivent encore dans l'aile droite du château, le reste étant ouvert aux visiteurs.
Ouvert au public depuis 1922
Cheverny est ouvert aux visiteurs depuis 1922, une décision prise par Philippe de Vibraye, grand-oncle du marquis actuel — assez tôt pour que le château soit un site touristique depuis plus d'un siècle, bien avant que cela ne devienne la norme parmi les domaines privés français. Dix-sept pièces sont ouvertes au rez-de-chaussée, au premier et au deuxième étage, pour environ 40 minutes en visite libre ou 45 minutes en visite guidée, moyennant un léger supplément par rapport au billet d'entrée standard. Parce que la famille occupe encore une partie du bâtiment, la visite a une atmosphère différente de celle d'un château nationalisé ou géré comme un musée : le mobilier, les portraits et le décor exposés appartiennent à la famille, accumulés et entretenus au fil des générations plutôt que rassemblés pour le public.
La salle à manger et ses panneaux de Don Quichotte
La salle à manger du rez-de-chaussée est habillée de 34 panneaux de bois imitant le cuir de Cordoue, peints entre 1600 et 1656 par Jean Mosnier, un artiste qui avait auparavant travaillé au Palais du Luxembourg à Paris. Plutôt que des portraits de famille ou des scènes religieuses, Mosnier choisit des épisodes de Don Quichotte, conférant à la pièce une qualité narrative, presque comique, inhabituelle pour un espace à manger formel de cette époque. Les panneaux sont restés en place depuis leur création, ce qui distingue en partie les intérieurs de Cheverny des châteaux dépouillés, redécorés ou vendus pièce par pièce au fil des siècles — la salle se lit comme un ensemble cohérent du XVIIe siècle plutôt qu'une reconstruction ultérieure.
The King's Bedchamber
La pièce la plus richement décorée de Cheverny est la Chambre du Roi, au premier étage, dont les lambris sont peints de 30 scènes tirées du roman antique Théagène et Chariclée. Le lit lui-même, paré de broderies persanes, est traditionnellement associé à Henri IV, bien que, comme pour nombre de « chambres du roi » dans les châteaux français, ce lien reflète autant l'honneur d'être prêt à accueillir une visite royale que un usage royal attesté. Six tapisseries tissées dans les ateliers parisiens vers 1640 ornent la pièce, représentant les travaux d'Ulysse — un ensemble conservé intact et en place, ce qui est de plus en plus rare pour des collections de tapisseries de cet âge et de cette envergure encore détenues en mains privées.
The Arms Room
La Salle des Armes est le plus vaste espace du château et a été laissée dans un état proche de son aspect originel du XVIIe siècle plutôt que restaurée ou redécorée. Son plafond associe poutres peintes, motifs floraux, guirlandes et armoiries dans le style français, et une tapisserie des Gobelins du XVIIe siècle représentant l'enlèvement d'Hélène est suspendue parmi les présentoirs. La salle abrite des armes et des armures couvrant du XVe au XVIIe siècle, ainsi que des souvenirs liés aux Dragons de Vibraye, une unité militaire attachée à l'histoire de la famille. Elle est moins léchée que la Chambre du Roi mais sans doute plus révélatrice du foyer qu'était réellement le château — un siège actif d'une famille armée et terrienne plutôt qu'une résidence purement décorative.
La vie de famille, hier et aujourd'hui
Au-delà des grandes salles, les appartements privés de Cheverny — la chambre des naissances, la chambre des enfants, la chambre des époux — retracent le versant domestique de six siècles dans une même maison, et la chambre nuptiale expose deux robes de mariée Hurault-Vibraye, portées en 1994 et en 2023, rappelant qu'il s'agit d'une famille qui continue de se marier et d'élever des enfants sur place. Au sommet du château, la chapelle associe voûtes nervurées du XVIIe siècle et décor achevé au XIXe siècle dans un style romantique « troubadour », et des soleils sculptés dans la pierre rappellent les armoiries des Hurault. Avec les pièces meublées en contrebas, elle fait de Cheverny moins une pièce de musée qu'une maison habitée qui se trouve être ouverte au public.